
L’anxiété, une prédisposition au contrôle
Les personnes maniaques du contrôle sont en général anxieuses. « Chez elles, l’inconnu est particulièrement difficile à vivre », constate la spécialiste. D’autant que le cercle vicieux s’enclenche vite. Plus on maîtrise son environnement, moins on s’expose à l’imprévu, et donc, moins on apprend à le tolérer. « Le cerveau en conclut que le contrôle est indispensable… et en réclame toujours plus », pointe-t-elle.
Un mode de fonctionnement aux multiples origines
Toutefois, ce n’est pas la seule cause à ce besoin d’hypercontrôle, qui est plutôt multifactoriel. « Un terrain génétique peut jouer, puisque les troubles anxieux se retrouvent plus fréquemment dans certaines familles, insiste la psychiatre. Mais l’environnement compte aussi beaucoup. Ainsi, une éducation très stricte, des parents hyperprécautionneux ou un climat où l’on anticipe sans cesse le pire peuvent, eux aussi, favoriser ce fonctionnement. »
De plus, certains événements de vie peuvent agir comme un révélateur : l’arrivée d’un enfant, un changement professionnel, un départ à la retraite. Ce sont des périodes de bascule et de vulnérabilité.
Enfin, notre société tend à renforcer ce besoin d’hypercontrôle. « Les technologies actuelles, qui permettent de tout savoir tout le temps et n’importe où, ne nous incitent pas à lâcher prise », souligne Anne-Hélène Clair.
Quand le contrôle abîme la relation avec les autres
Ce besoin de contrôle n’est pas sans conséquence. Des symptômes physiques comme des palpitations, des tensions musculaires ou des troubles digestifs peuvent aussi apparaître.
Il peut également être source de conflits. « La personne qui en souffre risque de se sentir étouffée, incomprise, voire jugée, ce qui peut impacter les relations avec les autres », souligne la docteure. Par ailleurs, il est susceptible d’entraîner un isolement, soit parce que les proches s’éloignent, soit parce que la personne anxieuse elle-même évite les situations imprévisibles, par peur de perdre le contrôle.
S’entraîner à lâcher prise
Quand le besoin de maîtrise devient trop important, il est vivement recommandé de consulter. Côté prise en charge, les TCC sont particulièrement indiquées. « Le thérapeute va détecter et expliquer le fonctionnement du trouble et proposer des exercices concrets, comme un changement d’itinéraire quotidien, pour apprendre à tolérer l’incertitude », détaille la psychiatre. D’autres approches, comme la thérapie d’acceptation et d’engagement (ACT), qui consiste à lâcher prise sur ce qu’on ne peut pas maîtriser – comme la météo –, ou encore la méditation de pleine conscience, peuvent être aussi intéressantes.
« Malgré tout, on n’a pas besoin d’attendre que ce soit handicapant pour prendre soin de soi », rappelle Anne-Hélène Clair. À l’heure où la santé mentale a été prolongée Grande Cause nationale 2026, la préserver apparaît plus que jamais essentiel.




Au travail, à la maison ou encore en vacances, certains ressentent un besoin irrépressible de tout contrôler. Si cette vigilance permanente donne une illusion d’efficacité, elle cache souvent une anxiété profonde et peut devenir handicapante au quotidien.
On les appelle couramment des control freak ou des maniaques du contrôle. « Il s’agit de personnes chez qui le besoin de contrôle est excessif et permanent, explique Anne-Hélène Clair, psychiatre, docteure en neurosciences et spécialiste des thérapies comportementales et cognitives (TCC). Et cela peut s’exprimer de multiples façons : avoir peur d’arriver en retard, imaginer rapidement le pire, vouloir une maison parfaitement rangée, que les choses soient parfaites ou s’inquiéter excessivement pour ses proches. »