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Santé mentale au travail : pourquoi briser le silence reste un défi majeur
Dans les organisations et au travail, le sujet sort peu à peu du silence.
Mais oser dire “je ne vais pas bien” reste, pour beaucoup, un saut dans l’inconnu.
C’est ce que rappelle la sociologue Claire Le Roy-Hatala, docteure en sociologie des organisations et intervenante “santé mentale & travail”, dans son ouvrage La Vérité sur les troubles psychiques au travail (Payot, 2024).
🔎 Du tabou à la prise de conscience : un changement d’époque
Quand elle démarre sa thèse en 2004, recueillir des témoignages est très difficile : le sujet est ultra-tabou.
Les regards évoluent avec la reconnaissance du handicap psychique (loi 2005), puis s’accélèrent après le Covid et la montée en visibilité du sujet dans le débat public.
Résultat : les employeurs s’emparent davantage du sujet, avec des démarches structurantes comme la Charte d’engagement pour la santé mentale au travail portée par l’Alliance pour la santé mentale (à laquelle l’autrice a contribué).
👉 Mais cette progression ne veut pas dire que le terrain est “safe” partout. Claire Le Roy-Hatala le dit clairement : on ne peut pas garantir qu’en face il y aura toujours bienveillance et compréhension.
🎭 “Tenir” en silence : des stratégies d’adaptation invisibles
La santé mentale au travail, ce n’est pas seulement la crise aiguë.
C’est aussi tous ces salariés qui continuent, au prix d’une énergie énorme, en compensant et en masquant.
Exemple marquant : ce cadre qui prétexte déjeuner à l’extérieur… pour pouvoir récupérer seul. 🥪
Ou ces personnes qui attendent d’avoir “fait leurs preuves” avant d’oser parler, par peur d’être réduites à leur fragilité.
Pourquoi ce silence ? Parce que les idées reçues restent puissantes :
⚠️ schizophrénie associée à la violence,
⚠️ dépression confondue avec un manque de volonté,
⚠️ santé mentale perçue comme l’ennemie de la performance.
🤝 Le travail peut aussi protéger… si le collectif s’adapte
L’autrice insiste sur un point essentiel : le travail n’est pas seulement un facteur de risque.
Il peut aussi être protecteur, car il crée :
Quand le dialogue s’ouvre, les effets peuvent être très positifs. Elle raconte le cas de cette jeune femme schizophrène qui en parle à son équipe : incompréhensions levées, échanges riches, confiance renforcée.
🧩 Que faire quand on repère un collègue en difficulté ?
Pas besoin d’être expert. Il faut surtout oser ouvrir une porte.
📌 La santé mentale au travail, ce n’est pas un sujet “à part”.
👉 C’est un enjeu de QVCT, de management, de collectif, et de service public au quotidien.
Source : Entretien avec Claire Le Roy-Hatala + La Vérité sur les troubles psychiques au travail (Payot, 2024) ; Charte d’engagement – Alliance pour la santé mentale